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Valider le danger pour justifier la peur ?

Valider le danger pour justifier la peur ?

(Presque) tout le monde comprend que la peur modifie nos réponses au danger.

A tel point que l’une des propositions de la pleine conscience est de nous entraîner à cohabiter avec elle, de manière à pouvoir peu à peu ne plus lui obéir.

La manière un peu abrupte - comme à son habitude - d'Olivier de Kersauson de s'exprimer est pourtant très adéquate, en tout cas de mon point de vue, car l'institutionnalisation de la peur pour justifier les mesures de sécurité, consiste à déresponsabiliser chacun d'entre nous.

"Vous n'avez plus à avoir peur, et vous n'avez plus besoin d'être prudents ni courageux, car nous avons prévu et éradiqué tous les dangers".

C'est le message qui nous est de plus en plus délivré par notre société, nous amenant à confondre la prudence avec la peur.

Ce qui est évidemment un mensonge et une illusion. Car le danger est  . Ce sur quoi nous pouvons agir, c'est surtout sur le risque.

Or, le risque, c'est l'équation "Risque = danger X exposition (comportement) au danger".

La peur nous empêche d'agir adéquatement sur l''exposition/comportement, et la fausse sécurité nous empêche de voir le danger.

Car le courage ne consiste pas à n'avoir peur de rien, mais bien à pouvoir cohabiter sainement avec la peur face au danger.

La pleine conscience - en tout cas telle que je la conçois - nous entraîne à la conscience de l'émotion, puis à la lucidité de la situation.

Ceci ne se passe pas trop mal au niveau individuel. Cependant, au niveau sociétal les choses sont assez différentes. En effet, la peur est contagieuse, et lorsque les plus peureux ont contaminé ceux qui l’étaient un peu moins, puis que ceux-ci ont contaminé ceux qui l’étaient peu, on arrive rapidement à infecter les plus courageux.

Alors, lorsque plus personne n'a les idées claires,  la tentation de justifier la peur par la validation du danger devient irrésistible. L'instinct de dramatisation vient exacerber l'illusion.  Le bon sens s’estompe par la disqualification de la raison, au profit de la panique légalisée … quelle qu’en soit le prix.

Car les dirigeants d’une société sont humains. Ils ne sont QUE humains. Ce qui les différencie un peu, c’est qu’ils doivent gérer chez les autres, ce qui dysfonctionne également chez eux : les débordements émotionnels, le manque de conscience, de lucidité et de courage ... et la difficulté à reconnaître qu’on se trompe… pour changer d’avis de manière assumée.

Tout ceci n'a absolument rien de nouveau, l'Histoire n'est rien d'autre que la répétition inlassable de ce qui précède, que nous tentons de réécrire différemment ensuite.

"L’Histoire est une suite de mensonges sur lesquels on s’est mis d’accord par la suite" aurait dit Napoléon.

 

 L’actuelle crise sanitaire illustre magnifiquement ces incapacités – au niveau sociétal – à ne pas céder aux débordements émotionnels … et aménager la réalité à l'aune de nos terreurs.

Il ne s’agit pas ici d’une "dénonciation", mais bien de l’utilisation des circonstances actuelles de la vie pour apprendre à « prendre conscience » d’une chose qui est, pour développer ensuite la lucidité permettant de « voir » en quoi elle consiste réellement.

En mindfulness, Il n'y a rien avec quoi on ne puisse travailler (Jon Kabat Zinn)

Ceci afin de se dégager, dans toute la mesure du possible, d’une illusion non aidante voire très invalidante ... Et répondre de manière lucide et raisonnée, et non réagir de manière toxique, pour soi et les autres.

 

Écrit par : Jacques Splaingaire

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