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MON GRAND-PERE, CE PHILOSOPHE

MON GRAND-PERE, CE PHILOSOPHE

La philosophie se pratique peut-être davantage au jardin et au bois que dans les livres et les amphis de fac de philo.

Bien sûr, avoir lu Kant et Kierkegaarde, évoquer Spinoza, citer Montaigne, argumenter par des maximes de Platon et Marc Aurèle, bref, « parler philo », tout cela est intéressant, voire passionnant mais … tellement vain si ce n’est pas le fruit de la vraie vie.

Mon grand-père s’appelait Eudore, il avait connu le Congo belge sous Léopold II, fait la première guerre mondiale comme combattant sous Albert 1er, participé à la seconde comme résistant sous Léopold III et vu – à la TV - un homme marcher sur la lune sous Baudoin 1er !

Il n’avait guère fait d’études. Quand on était fils d’artisan bourrelier,on en faisait peu à la fin du 19ème S.

Mais c’était un érudit. Il lisait énormément … mais son royaume était son jardin et son verger.

Ceux qui ont suivi mes sessions de mindfulness depuis 15 ans m’ont souvent entendu l’évoquer, au titre de cette base que je rappelle si fréquemment : le simple bon sens. Cette notion, pas toujours suffisante (loin de là) mais toujours indispensable.

Ces évocations, je les cite généralement en wallon, qui est la langue de mes émotions et que je lui dois, car il s’obstinait à me parler wallon, contre l’avis de ma mère qui trouvait cela vulgaire à l’époque.

Vieillissant, il avait réduit la longueur de sa bêche, et l’avait en outre transformée – au chalumeau - en fourche à 5 dents plates. Du haut de mes 5 ans, je « l’aidais» au jardin, et il épargnait systématiquement les vers, les larves, bref toutes les bestioles qui apparaissaient dans la terre qu’il retournait. Comme je lui demandais pour quelle raison il ne les donnait pas aux poules – comme il le faisait pour les limaces et escargots – il m’avait répondu cette phrase de la vignette, qui signifie

« Si le bon Dieu les a mis là, il devait avoir une bonne raison. Et si ce n’est pas lui, celui qui les y a mis devait bien en avoir une, lui aussi ».

Ce à quoi, concernant les limaces et les escargots, il avait ajouté que si le bon dieu avait voulu que les poules mangent les vers et larves enfouis dans le sol, il leur aurait donné une bêche. Ce qui n’était pas le cas.

Un jour, je lui ai demandé pour quelle raison il avait raccourci sa bêche et l’avait transformée en fourche à dents plates. Il m’a répondu : « Wéét’ bé, v’là ène carotte eyet v’là èn ognia, tu vouais bé qu’i ‘n disquintent né plus bas qu’çà. Adonc poukwè qu’dji r’tournais l’terre sins savwè si dji n’fais né pis qu’mia ? »  (Regarde bien, voilà une carotte et un oignon, tu vois bien qu’ils ne descendent pas plus bas que ça. Donc, pourquoi je retournerais la terre plus profondément sans savoir si je ne fais pas pire que mieux ?)

Et à ma question sur le pourquoi de la transformation en fourche, sa réponse avait été que cela n’avait pas de sens de ne pas donner les vers et larves aux poules, si c’était pour les couper en deux et les laisser pourrir.

Ni Spinoza ni Kant et les autres ne parlent de la bêche de leur grand-père, ni des vers de terre et des larves, probablement parce qu’ils s’adressent à des gens qui sont déjà très érudits, qui parlent, étudient, réfléchissent, écrivent … et non des petits garçons de 5 ans, encore capables de s’étonner des différences entre un oiseau et un papillon.

Mais ces leçons de bon sens au jardin sont peut-être les premières leçons de philosophie que devraient recevoir tous nos enfants … afin de comprendre que la responsabilité et le respect sont les premiers fondements de la liberté et du bonheur.

Écrit par : Jacques Splaingaire

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